Streets of Rage, une licence culte de Sega mais qui avait peu de chances de revenir sur le devant de la scène vidéoludique, les Beat’em All en 2D n’ayant plus vraiment la côte de nos jours. Pourtant, les éditeurs et développeurs français Dotemu, Lizarcube et Guard Crush Games ont convaincu Sega pour un Streets of Rage 4, de nombreuses années après la sortie du 3ème opus (1994, quand même). Streets of Rage à la française, est-ce que ça vaut le coup ou est-ce que ça en mérite ? Rien que pour vous, on a fait un petit tour dans les rues de Wood Oak City dans un seul et unique but : la sauver avec de bonnes patates. Non, pas celles qu’on mange. Enfin, cela dépend des points de vue.
Test réalisé sur PlayStation 4 grâce à une copie numérique fournie par l’éditeur
Wood Oak City, une ville où il fait bon vivre
Dix années se sont écoulées depuis Streets of Rage 3 et la mort de Mr. X, principal méchant de la saga. Tout a l’air d’aller pour le mieux à Wood Oak City jusqu’à l’arrivée des enfants de ce dernier, les jumeaux Y, qui ont fondé un nouveau syndicat du crime et corrompu de nombreuses personnes. Le mal règne à nouveau dans les rues et la tranquillité a disparu, ce qui ne plaît pas vraiment aux anciens héros. Ainsi, Axel Stone et Blaze Fielding, bienfaiteurs qui ont nettoyé Wood Oak City du vice à coups de poings bien sentis, reprennent du service, accompagnés de deux autres personnes, à savoir Flyod Iraia et Cherry Hunter, fille de l’illustre Adam Hunter, ancien compagnon d’Axel et de Blaze. Une fine équipe qui va se servir des arts martiaux et de nombreuses armes pour venir à bout des jumeaux Y.
Vous l’aurez vite compris, l’histoire de Streets of Rage 4 est digne des anciens opus et de films de série Z. Malgré des références aux anciens jeux et un bon fond, ce n’est pas vraiment le principal attrait du titre, surtout que les différents événements sont mis en scène par de simples (mais beaux) artworks agrémentés de quelques animations. Cela défile vite et ne se prend pas vraiment au sérieux, servant surtout de prétexte pour cogner un maximum de loubards. Est-ce véritablement un défaut ? Pas vraiment au vu du genre, cela fait un minimum le travail et nous motive pour le reste, à savoir la baston. Et de la baston, vous allez en avoir.
Je mets les pieds où je veux et c’est souvent dans la gue…
« La violence engendre la violence », disait le sage auteur grec Eschyle. Il n’avait pas tort et cela se voit clairement dans Streets of Rage 4. Le jeu est donc un Beat’em All en 2D à l’ancienne, à savoir que l’on traverse divers niveaux en frappant tout sur son passage. Ni plus, ni moins mais parfois, la simplicité, ça a du bon et c’est clairement le cas ici. Explications : on peut incarner divers personnages (ceux cités plus haut mais aussi d’autres surprises) aux mouvements et coups différents mais tous se jouent de la même manière. Ainsi, on peut effectuer des attaques classiques sous forme de combos, d’attaques spéciales qui gâchent un peu de vie (mais elle peut être récupérée en frappant juste après), d’attaque arrière pour les loustics vous prenant par derrière, de sauts pour esquiver ou attaquer en l’air et enfin, d’attaque dite « étoile » qui est une sorte de coup ultime. Au niveau de la jouabilité, on prend très vite ses marques et le plaisir est instantané tant le tout est fluide et jouissif. Si l’on peut juste regretter des pas latéraux un peu trop lents, rendant l’esquive de certaines frappes ennemies un poil difficile, le feeling du jeu est de bonne facture et devrait sans aucun doute ravir les fans des premiers opus ainsi que les nouveaux venus. On sent chaque coup (les vibrations sont vraiment bien rendues d’ailleurs, participant à l’immersion) et le contentement de bastonner des dizaines et des dizaines de lascars est bien là.
En outre, Streets of Rage 4 se permet de faire évoluer la formule en empruntant au genre du jeu de combat, rendant le tout plus technique et vigoureux. On a mentionné par exemple les combos un plus haut, eh bien ils fonctionnent plus ou moins comme dans un jeu de baston avec les juggles, l’importance de coincer les ennemis aux murs pour les frapper le plus possible… Il est important de faire le plus de combos possibles, déjà parce que le résultat est, faut dire ce qu’il est, diablement amusant avec des ennemis valdinguant dans tous les sens et en plus, ça augmente le score et donc la possibilité de gagner des vies ainsi que des personnages à débloquer sur la durée. Outre les coups classiques, les attaques spéciales sont très efficaces car elles permettent de contrer les frappes adverses, vous sauvant la mise tout en prolongeant vos combos car cela permet aussi de les envoyer en l’air. Les utiliser ajoute du piment aux parties car ce n’est pas sans risque, chaque attaque spéciale faisant perdre de la vie si on vous attaque avec succès juste après. Aussi, une fois qu’un ennemi vous touche, c’est la fin d’un combo, il faut alors repartir de zéro, procurant donc une bonne tension face aux coups qui nous sont destinés. Là où les anciens Streets of Rage mettaient davantage l’accent sur le timing, ce 4ème opus s’axe sur la technique, l’instinct, les réflexes. Cela donne au final un gameplay des plus nerveux et délicats, procurant de belles sensations lors des combats.
Là où Streets of Rage 4 s’en sort également avec les honneurs, c’est avec les différents styles de personnages jouables et les ennemis assez variés. Rien que parmi les quatre principaux héros, il y a par exemple Axel qui use de coups classiques d’arts martiaux avec des pouvoirs de feu, Cherry qui se bat avec une guitare et n’hésite pas à l’utiliser pour fracasser le crâne de ceux qui croisent son chemin et Floyd qui possède des bras mécaniques, pouvant frapper/attraper à distance et utiliser un laser géant en guise d’attaque ultime. Chacun possède des caractéristiques et forces différentes, ce qui fait qu’on a un certain plaisir à changer de personnage d’un niveau à l’autre. Quant aux ennemis, ils ne sont pas en reste et doivent tous être étudiés avec soin car la moindre erreur peut faire mal. On a bien sûr des membres de gang tout ce qu’il y a de plus banal, frappant uniquement avec leurs poings/pieds et utilisant des armes (que l’on peut ramasser, utiliser et lancer à notre tour également) mais dans le lot, il y a également des policiers avec des boucliers, des karatékas bien costauds, des boxeurs thaïlandais, des motardes qui foncent avec leurs casques… Il y en a pour tous les goûts. Tous possèdent des mouvements et coups uniques, ce qui participe grandement au fun du jeu puisqu’on doit constamment faire attention. Plus on avance et plus les adversaires se multiplient, avec parfois des passages où ils sont tous bien différents et s’allient pour vous causer du tort, adrénaline et frissons garantis. Les boss aussi ne sont pas à ignorer, étant puissants et imprévisibles. Le Game Over n’est jamais loin avec eux mais gaffe également aux autres, le jeu étant assez ardu. Même en Normal, il faut toujours éviter le plus possible les coups sous peine de voir ses barres de vie chuter à toute vitesse. Heureusement, pour ceux qui auraient toujours un peu de mal au début (voire même après), il y a un mode Facile et la possibilité de refaire des niveaux avec plus de santé et de coups étoile. Bien entendu, cela divise le score.
Enfin, les stages ont eux aussi leur importance dans Streets of Rage 4. Bien que l’on aurait voulu en avoir plus encore (il y en a 12 et ils sont assez courts), tous sont forts sympathiques et proposent des expériences de jeu différentes. L’utilisation du décor est de la partie, avec la possibilité de faire tomber ses ennemis dans l’eau, de les faire s’approcher d’une flaque d’acide ou de câbles électriques, chuter dans le vide… Sans oublier des armes qui varient plus ou moins d’un niveau à l’autre avec des barres de fer, bouteilles, balais, grenades et on en passe. Clairement, le jeu veut que vous infligiez le plus de mal aux pauvres types d’en face et il le fait bien. Comme vous l’aurez deviné, le mode Histoire peut se finir assez rapidement (2 à 3 heures), un peu plus de niveaux n’auraient pas été de refus mais dans ce genre de jeu, l’intérêt est de rejouer les différents stages avec d’autres personnages, améliorer ses scores, etc., surtout qu’on peut jouer avec des amis ou des inconnus, en local comme en ligne. Il y a également des modes de jeu bonus et pas mal de personnages à débloquer grâce au système de points, augmentant la durée de vie. Grâce à sa jouabilité explosive et précise, on ne ressent nullement (ou presque) de la répétitivité au fil de l’aventure et le fun est bien présent. Un quasi sans faute donc, et le reste du jeu participe à ce sentiment.
Du pixel art à un style comics
Là où Streets of Rage 4 a fait peur aux fans de toujours à ses débuts, c’est avec son changement de style puisqu’on est passé de graphismes en pixels provenant des années 1990 à de la 2D moderne, avec des personnages et décors dessinés façon comics. Le moins qu’on puisse dire au final, c’est que ça colle vraiment bien à l’ambiance de la licence. L’univers du jeu et de la licence en général étant très américain, le dépaysement ne se fait pas ressentir, au contraire. Les personnages ont un chara design des plus réussis et les décors, colorés et vivants, sont très agréables à parcourir. On passe d’un port miteux à des rues malfamées éclairées par de multiples néons, sans oublier des égouts putrides, un quartier asiatique et on en passe. Le tout est vraiment bien réalisé, avec des détails et effets réussis. Même au niveau de la luminosité et des reflets, il y a de quoi être surpris par le souci du détail, chaque personnage étant éclairé de manière assez réaliste, ce qui est assez rare dans des jeux 2D de ce style. C’est également très fluide et il n’y a aucun bug. De plus, on peut paramétrer certains détails graphiques même sur consoles, pour ceux qui voudraient un côté un peu plus rétro.
La musique se défend elle aussi très bien grâce à une belle collaboration entre Olivier Derivière, compositeur français reconnu dans le milieu (il a participé à GreedFall, Vampyr et bien d’autres encore), et d’autres artistes de calibre. Il y a même Yoko Shimomura (Kingdom Hearts, Final Fantasy XV, etc.) qui a participé, c’est dire. Là où le travail est appréciable, c’est que la musique est dynamique : plus on progresse dans un stage et plus elle devient intense, ce qui procure de l’adrénaline à bon rythme. Mélangeant habillement techno, rock et sonorités rétro, il n’y a pratiquement rien à redire sur la bande son, fidèle aux anciens opus tout en se permettant d’être à l’ère du temps. Lorsque la musique est à son plus haut, on est vraiment pris dans l’ambiance et on a qu’une envie : tout cogner sur son passage. Côté voix et bruits d’ambiance, c’est du kitch à souhait et bourrin, renforçant le côté fun de Streets of Rage 4. De plus, les musiques des trois premiers opus est disponibles dans les options. De quoi ravir les anciens joueurs qui veulent retrouver l’ambiance d’antan.
Verdict : 8/10
Fans de toujours et amateurs de Beat’Em All à l’ancienne, soyez rassurés, Streets of Rage 4 est le digne successeur de la série. Si l’on peut regretter un mode Histoire assez court et un faible nombre de stages, le jeu se montre particulièrement réussi sur tous les autres fronts. Brutal, fun, difficile (mais pas injustement) et aussi beau pour les yeux que pour les oreilles, le jeu de Dotemu, Lizarcube et Guard Crush Games prouvent que les Français peuvent rendre justice à la baston à la japonaise. Si vous aimez vous balader dans des quartiers virtuels remplis de vilains à tabasser, ne cherchez plus : Streets of Rage 4 est le candidat idéal.