TEST | Persona 3 Portable – Quand la nostalgie ne suffit pas

À l’occasion des 25 ans de la franchise, Atlus et SEGA portent les trois opus majeurs de la saga Persona sur les différents supports actuels. Si Persona 4 Golden avait déjà commencé à tâter le terrain sur PC il y a bientôt trois ans de cela, l’éventail s’élargit et voilà que P3P et Persona 4 Royal lui emboîtent le pas. Si nous avons pu vous proposer un test de Persona 4 Golden sur PC ainsi que de Persona 5 Royal sur PS4 et Nintendo Switch, nous nous attaquons aujourd’hui à celui qui aura tout révolutionné : Persona 3.

Test réalisé sur PC à l’aide d’une version numérique fournie par l’éditeur

Persona 3 : la Salvation d’Atlus

Tout d’abord, un peu de contexte. Shin Megami Tensei: Persona 3 est initialement sorti en 2006 au Japon et en 2008 chez nous, exclusivement sur PS2. Vous l’aurez compris, il fait suite à Megami Ibunroku Persona et Persona 2: Eternal Sin, tous deux sortis sur PS1 respectivement en 1996 et en 1999. À cette époque, Atlus n’est pas en bonne forme et à deux doigts de mettre la clé sous la porte. Avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête et un budget extrêmement serré, Persona 3 voit le jour. Le titre est un succès qui permet de remettre le studio sur les rails. Sortira deux ans plus tard Persona 4, puis encore plus tard en 2016 Persona 5, soit une décennie après l’arrivée de l’épisode salvateur. Bien entendu, Atlus continuera à plancher sur d’autres projets estampillés Shin Megami Tensei entre-temps, mais viendront aussi des versions « améliorées » de certains opus. Persona 3 aura le droit à deux éditons supplémentaires : Persona 3 FES, en 2007 toujours sur PS2 et Persona 3 Portable (aussi connu sous le nom de P3P) en 2011 sur la PlayStation Portable de Sony. C’est d’ailleurs cette version qui a été choisie pour cet anniversaire de Persona, version qui embarque avec elle bon nombre de qualités, mais aussi de défauts que nous détaillerons plus bas.

P3P introduit un personnage féminin jouable.

Pour beaucoup, Persona 3 constitue l’un, si ce n’est le meilleur opus de la série scénaristiquement parlant. Abordant des thématiques comme l’amitié, la fin de la vie et le sacrifice, Persona 3 enrobe le tout d’une esthétique et atmosphère plus sombre que ses successeurs dont la formule apparait de plus en plus édulcorée, sans pour autant diffuser un message moins impactant. Il embarque aussi avec lui une multitude de personnages aussi attachants qu’emblématiques et un protagoniste principal qui représente à lui seul la définition du Sigma. Mais finalement, c’est quoi le synopsis ? Toutes les nuits de minuit à minuit et une seconde, le monde est plongé dans la Dark Hour, un espace-temps caché du grand public où d’étranges créatures appelées les Ombres (Shadows en VO) y font la loi. Les humains sont temporairement changés en cercueils et le monde est plongé dans une lumière verdâtre, le sol jonché de sang. Seule une poignée d’élus y échappent, ceux capables de manipuler les fameuses Persona, des entités enfouies au plus profond de leurs utilisateurs et reflétant leurs alter egos. C’est ainsi qu’un groupe d’étudiants porteurs de ces Persona va tenter de comprendre l’origine de la Dark Hour et tenter d’y mettre un terme.

L’opus des origines

Si la présence d’écoliers est constante depuis le début de la série, Persona 3 est le premier à véritablement mettre en place ce système de RPG/Dating-Sim tel que nous le connaissons. Vous y incarnez donc un étudiant fraîchement débarqué en ville pour y passer toute une année scolaire. Vos journées seront découpées en trois phases la plupart du temps : matin, après-midi et soir. Vous aurez le droit d’effectuer une action par phase, certaines pouvant vous faire passer toute une journée jusqu’au soir, notamment lors des jours de repos. Au fur et à mesure de votre progression, certains des personnages avec qui vous aurez commencé à tisser des liens pourront venir vous aborder à la pause de midi au lycée ou par l’intermédiaire d’un coup de téléphone. D’ailleurs, tisser des liens est l’une des mécaniques principales du gameplay, chacun des personnages clés représentant une carte du jeu de Tarot.

Rejoindre un club est un bon moyen pour ce faire de nouveaux amis, et donc tisser des liens.

Si vous avez déjà joué aux titres récents, vous n’êtes pas sans savoir que Persona comporte une certaine note de mysticisme, notamment au travers du jeu de Tarot. Chaque personnage avec lequel vous pourrez interagir est lié à une carte précise. Ces mêmes cartes représentent un type de Persona que vous pourrez acquérir à la suite de combats ou bien dans la fameuse Velvet Room, hub de fusions et d’obtentions des diverses créatures rencontrées. Pour augmenter le niveau de social avec chacun des protagonistes, il vous faudra passer du temps avec eux après les cours ou bien en journée pendant les jours de repos et autres vacances scolaires. Les personnages en questions peuvent aussi bien être vos partenaires, d’autres élèves du lycée ou bien même des personnes extérieures. Certaines interactions ne seront possibles qu’après avoir monté suffisamment certaines de vos compétences intellectuelles ou sociales. Il est aussi à savoir que passer du temps avec un personnage n’est pas synonyme de rang supplémentaire acquis avec ce dernier. Une alerte vous signalera si passer du temps avec telle ou telle personne à l’instant T fera progresser votre rang ou non. Posséder une Persona de même type que votre interlocuteur peut, néanmoins, forcer la chance et permettre de faire évoluer le lien plus rapidement.

Cet étrange enfant vient troubler vos nuits à certains moments.

Bien sûr, si l’aspect social joue une part importante dans Persona, c’est surtout la partie combat qui constitue le cœur du gameplay. Chaque nuit, vous aurez l’occasion d’aller explorer ladite Dark Hour si vous le souhaitez. Durant cette heure cachée, Gekkoukan High School troquera son apparence d’école modèle pour une tour des horreurs de plusieurs centaines d’étages, aussi nommé Tartarus (Tartare ici en français). Tout d’abord accompagné de Yukari et Junpei, vous serez sous la supervision de la Senpai du groupe, Mitsuru Kirijo. Au fur et à mesure, de nouvelles têtes viendront gonfler les rangs à l’image d’Akihiko, Ken, Fuka ou encore Aigis. Vous l’aurez peut-être compris mais le but du jeu sera de gravir tous les étages de Tartarus. Bien sûr, il sera impossible de tout gravir d’un coup, la tour fonctionnant pas système de paliers, certains bloqués jusqu’à des moments bien précis de l’année pour ne pas casser le storytelling. Suivant un certain nombre d’étages passés, vous devrez affronter des créatures du bestiaire boostées aux hormones faisant office de mini-boss. Dans ce cas, où sont les boss du jeu ? En parallèle de l’écoulement des jours de l’année, Persona 3 introduit un calendrier lunaire. Toutes les nuits de pleine lune, une Ombre majeure fera son apparition quelque part en ville. À vous de lui régler son compte. Si les Ombres composent la principale menace, il faudrait aussi composer avec la mystérieuse STREGA, un trio d’utilisateurs de Persona voyant en la fin du monde annoncée une prophétie et bien déterminé à la voir arriver à son terme.

P3P : la métaphore du sacrifice ?

Comme nous le rappelions en début de test, Persona 3 Portable fut développé pour la PSP. Malheureusement, afin de pouvoir adapter un RPG de cette envergure sur support UMD, des coupes en pagailles ont dû être effectuées et le gameplay réadapté en conséquence. Suppression des cutscenes animées et du contenu supplémentaire « The Answer » introduit avec Persona 3 FES ou encore passage au format Visual Novel, les phases d’explorations en ville transformées au point&click, un cercle faisant office de curseur. Fort heureusement, les passages en 3D dans les couloirs de Tartarus ont été conservés, tout comme le combat au tour par tour. On ne va pas se mentir, s’il était compréhensible et acceptable de jouer dans ces conditions sur PSP, la pilule passe moins bien en 2023 et tout particulièrement sur PC et consoles. L’alternative serait la version Nintendo Switch qui pourrait rappeler les sensations de la version PSP, à condition de s’en tenir au format portable. Pour les autres, attendez-vous à un rendu cheap et austère au possible qui ne rendra pas justice à ce RPG grandiose.

Plusieurs quartiers sont à explorer.

Cependant, tout n’est pas à jeter dans Persona 3 Portable. Cette édition a le mérite de corriger certaines des errances de ses prédécesseurs, s’inspirant du travail accompli dans Persona 4. Aussi simple que cela puisse paraitre, il est enfin possible de prendre possession de ses coéquipiers en combat, chose impossible dans Persona 3 et Persona 3 FES ! Jusque-là, l’IA gérait absolument tout, ce qui pouvait amener à des prises de décisions incohérentes de la part de vos alliés. Vous pouvez désormais choisir leurs actions, à condition de le paramétrer dans la roue de combat à l’intérieur de Tartarus. La condition physique des personnages à elle aussi été revue, la fatigue des membres ne se manifestant plus pendant l’exploration de la tour mais une fois que vous l’aurez quittée. Une altération d’état agaçante qui pouvait plomber vos sessions d’exploration, vos personnages devenant de moins en moins performants et de plus en plus vulnérable au fur et à mesure que la fatigue s’installait. D’autres améliorations et features inédites viennent s’agréger pêle-mêle. La plus grosse addition reste encore, et pour la première fois, la possibilité de choisir son protagoniste de départ. En effet, la gente féminine s’invite avec l’apparition d’un personnage jouable féminin. Plus qu’un simple gender swap, parcourir l’aventure à travers cette dernière apportera des changements, légers certes, mais tout de même appréciables afin de ne pas donner le sentiment de revivre la même histoire copiée-collée que celle du personnage masculin quand on est un vétéran du titre original. L’arc du personnage féminin s’accompagne même de thèmes musicaux inédits tels que « Time », spécialement composée pour l’occasion.

En parlant d’audio, nous allons toucher ici à un point négatif de ce portage qui fait jaser. Si pour la première fois, nous pouvons apprécier les dialogues en anglais, mais aussi en japonais, Persona 3 Portable souffre d’un problème de mixage flagrant lors des phases de combat. Si le rendu reste somme toute correct pendant les multiples dialogues que compte le jeu, c’est la catastrophe concernant les samples vocaux des personnages en action qui ressort dans une qualité mono, étouffée et qui se permet de saturer dans certains cas. Autant dire que c’est loin d’être un plaisir pour les oreilles, notamment si vous êtes joueur au casque. Heureusement, les compositions de Shoji Meguro arrivent à la rescousse, nous proposant des morceaux aux tonalités mi-rock, mi-rap pour le personnage masculin, et quelque chose de plus pop pour le protagoniste féminin. À l’œuvre depuis les débuts de la série, ses OST sont toujours un indéniable succès.

Vous l’aurez peut-être remarqué, mais P3P est pour la première fois traduit en français.

Si nous avons longuement abordé les spécificités de P3P en tant que tel, ce portage 2023 comporte quelques options inédites en plus de la possibilité de choisir la langue des dialogues entre l’anglais et le japonais. Tout d’abord, Atlus continue dans la foulée de son travail fourni sur Persona 5 Royal en proposant plus de langues pour les sous-titres, à l’image du français qui fait son apparition ! Si le texte est de qualité dans l’ensemble, on ne peut s’empêcher de grimacer un tantinet au choix de traduire des termes qui auraient pu être épargnés à l’image des Ombres ou de Tartare, ce qui sonne tout de suite moins bien que Shadows et Tartarus. Un choix d’autant plus étrange que les deux langues audio, l’anglais et le japonais donc, s’accordent à utiliser ces mêmes mots. Nous aurions pu espérer que le français en fasse de même. Sans surprise, la résolution et le framerate se voient considérablement boostés, offrant du 1080p/60fps sur la plupart des plateformes et jusqu’à du 4K/120fps sur Xbox Series X et PC. Quand on voit la qualité technique du titre, on se demande si c’est vraiment nécessaire cependant. Cette version apporte aussi la possibilité de bénéficier de sauvegardes rapides en plus des points de sauvegardes habituels, un plus toujours appréciable.

Verdict : 6/10

Persona 3 est incontestablement un grand jeu et l’un des meilleurs de la saga grâce à une aventure prenante et une brochette de personnages attachants. Si la recette de P3P faisait l’affaire en 2011 pour découvrir ce RPG légendaire sur la console portable de Sony, s’y plonger en 2023 s’avère difficile, pour cause, un aspect technique dépassé et une prise en main poussive, notamment si vous décidez de vous y frotter sur PC ou bien sur console de salon. La meilleure alternative serait encore de vous procurer le titre sur Nintendo Switch et de le parcourir comme initialement prévu : pour un format portable.

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